
En 1499, quand Vasco de Gama, revenant de "l'Inde", rapportant avec lui d'étranges porcelaines de il changea la donne du trafic avec l'Orient. Un vaisseau de 600 tonneaux pouvait transporter plus de marchandises qu'une caravane de 50 chameaux. Ce fut le commencement d'une féroce concurrence maritime et commerciale entre l'Espagne, le Portugal, la Hollande, l'Angleterre et la France. La première Compagnie des Indes était alors une association privilégiée de négociants ayant obtenu d'un souverain le monopole du commerce d'un des cinq pays d'Europe avec les îles lointaines, en Amérique ou en Asie. La plus puissante fut incontestablement la compagnie hollandaise - Vereenigde Oost indische Compagnie. Le pouvoir de la Compagnie fut grand. Elle pouvait battre monnaie, exercer la justice sur un territoire qui s’étendait entre le Cap de Bonne-Espérance et celui de Magellan. Elle pouvait conclure des traités, lever une armée et faire la guerre. Les places fortes situées dans ce que l'on appelait alors "les Indes Orientales" étaient propriétés des marchands privés et non des nations. Les Marchands avaient donc par exemple tout loisir de vendre leurs marchandises à des ennemis nationaux.
L'Orient utilisait depuis bien longtemps racines, graines et fruits aux mille vertus, mais c'est en Occident que le désir d'épices servit de prétexte à l'exploration du monde, à sa démythification et à sa conquête, à la saga du capitalisme et à une course à la domination des grands réseaux dont la valeur se mesurait en tonnes de poivre et sachets de safran.
I. LA FRANCE
Aucun des premiers armateurs audacieux ayant tenté l'aventure des destinations lointaines ne parvint à survivre aux conditions de voyages si longues et aux contraintes des tractations interminables. C'est pourquoi, les anglais créent en 1600 leur première compagnie, la London India Company alors qu'il faudra attendre l'année 1664, durant le règne de Louis XIV, pour que Colbert crée la (première) Compagnie des Indes avec un capital en actions de quinze millions de livres (ce qui en faisait la première entreprise du royaume). Elle fut financée par le Roi, des ministres, la noblesse et des marchands. On créa d'ailleurs à cette occasion La Bourse des Valeurs. Rapidement, la compagnie s'acheta des vaisseaux et des équipements de construction navale installés qui seront installés dans un petit village breton qui portera le nom de Lorient (L'Orient).
II. LES COUREURS D'EPICES
La traversée de l'océan Indien était périlleuse. Les navires quittaient Lorient pour aller rejoindre le cap de Bonne-Epérance, et avant d'arriver sur la côte de Coromandel en Inde, les navires faisaient escale à l'île de Bourbon pour s'y ravitailler en produits frais. Pour la Chine, les capitaines choisissaient une route plus à l'Est pour passer le détroit de la Sonde et profiter des vents pour gagner Canton. Un voyage en Inde durait 16 mois et il fallait compter 2 mois supplémentaires pour la Chine.
Les voyages pouvant durer 18 mois, des boeufs, des vaches, des veaux, des cochons, s'entassaient dans des cages cinq cent poulets, des canards et des pigeons... une soute à biscuits une soute aux poudres. Gilles Cambry construira seize vaisseaux de 500 à 600 tonneau, quatre de 700 à 800 tonneaux et sept frégates de 300 à 400 tonneaux. Ces navires doivent obéir à quatre impératifs : la solidité, leur grande capacité de chargement, ils servent pour la grande navigation, et doivent donc être stables et pouvoir durer dans le temps (ils serviront en moyenne 10 années chacun). Un tirant d'eau plus faible, pour pouvoir naviguer dans le delta du Gange et dans les ports des îles. Une facilité de manoeuvres avec un équipage réduit car pour des questions de coût d'exploitation, l'équipage ne doit pas être très important.
Dans la deuxième partie du 18eme siècle, deux navires d'exception voient le jour. Il s'agit du Vaisseau Comte de Provence (1756) qui fera 1490 tonneaux et Le Comte d'Artois (1765) avec ses 1200 tonneaux. Cette quête d'horizons lointains se joua comme une course. Dirigés par des capitaines-aventuriers de toutes origines sociales.
III. LES BONNES AFFAIRES
Pour préparer un bâtiment au départ, il faut organiser l'avitaillement avec trois cargaisons différentes. Les vivres pour l'état-major et les passagers. Les vivres pour l'équipage, fournis par la compagnie. Les rafraîchissements qui sont destinés à nourrir les malades. Il s'agit d'oeufs, de fruits secs, de beurre salé et d'animaux vivants, avec le ravitaillement en fourrage et en grains pour 10 mois... Ensuite il faut charger la cargaison d'envoi faite principalement de denrées alimentaires destinées aux européens établis en Asie (farine, viande salée, vin, bordeaux, xérès, madère eaux de vie, d'armagnac qui étaient vendus dans les magasins de la compagnie, sans concurrence. La plupart des marchandises étaient ainsi vendues jusqu'à 8 foissupérieur au prix d'acquisition. On chargeait aussi une grande quantité de métaux : fer et plomb qui servaient à fabriquer des balles comme des ustensiles divers. On embarquait également du Ginseng très prisé en Chine en tant que médicament. Sans oublié l'or toujours utile dans les transactions.
IV. LES MERVEILLES DU MONDE
Toutes ces épices fabuleuses et tant convoitées ne purent être acclimatées en France malgré plusieurs tentatives. Les richesses ont donc été amassées dans des entrepôts puis transportées dans les cales des navires jusqu'en France. Il faut distinguer les produits bruts (café, poivre, thé, fil de coton...) des produits fabriqués comme les étoffes et les curiosités. Parmi les drogues, le café et le thé dominent. avec les épices, poivre et cannelle de préférence, ainsi que les nombreux bois de teinture. Sans oublier les cauris, petits coquillages utilisés comme monnaie en Afrique et très recherchés. La place de la porcelaine de Chine dites "compagnie de indes" ne cessa de croître ainsi que les cotonnades, soitblanches, teintes en bleu ou légères, comme les mousselines, soit peintes.
V. LES DEUX INDES
La Compagnie des Indes. A peine a-t-on prononcé ces mots que des images de rêve nous viennent à l’esprit...En 1492, lors de la découverte des amériques, Christophe Colombes croyant avoir trouvét la route maritime de l'ouest vers l'Inde de Marco Paulo baptisa "Indiens" les autochtones qu'il y rencontra. Pour qualifier cette nouvelle zone géographique on la qualifia comme Indes de l'Ouest (West Indies) en opposition aux Indes de l'Est (East Indies) ou autrement dit, les Indes Orientales.
En fait il y eu plusieurs compagnies. En Angleterre il y eu l'East India Company. En 1621, vingt ans après la Vereenigde Oost indische Compagnie, les Provinces Unies (Hollande) créèrent la West-Indische Compagnie (WIC) qui avait pour objectif le développement des échanges avec l'ouest. En France il y eu ainsi La Compagnie des Indes Orientales (Océan Indien) et la Compagnie des Indes Occidentales (les Amériques).

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